Les Voiles de Saint-Tropez : quarante-cinq ans après un simple défi
Du 26 septembre au 4 octobre, le golfe de Saint-Tropez accueille à nouveau la plus festive des grandes régates méditerranéennes. Une fête née en 1981 d'un pari lancé sur un quai, entre un Swan et un 12 m JI, et qui n'a jamais tout à fait oublié ses origines.

Lundi matin, le Vieux Port retenait son souffle. Des dizaines de curieux s'étaient massés sur les quais pour voir larguer les amarres de trois géants noirs : les J Class Svea, Rainbow et Hanuman. Le vent s'est fait attendre, puis s'est installé au sud-sud-est, entre cinq et huit nœuds, juste assez pour offrir une manche serrée. Hanuman, le J de Giovanni Lombardi Stronati, disputait sa toute première course dans la classe et a même pris la tête un instant à la porte sous le vent. Mais Svea, plus rapide au près, s'est imposé, remportant sa première victoire à Saint-Tropez. Rainbow, barré par son armateur Peter Harrison avec Ed Baird à la tactique, a repris près d'une minute dans le dernier bord de portant pour souffler la deuxième place à Hanuman, à quelques longueurs à peine.
Trois bateaux, un plan d'eau sublime, un duel jusqu'à la ligne : l'édition 2026 a commencé comme tout a commencé ici. Par un défi.
Un Swan, un 12 m JI et une carte routière
Fin septembre 1981, un couple d'Américains fait escale à Saint-Tropez avec son Swan 44, Pride, au retour de la Swan Cup de Porto Cervo. Un jour, sur le quai, quelqu'un lance au propriétaire : et Ikra, le 12 m JI qui vient d'entrer au port, vous croyez pouvoir le battre ? Patrice de Colmont, patron du Club 55, court proposer l'affaire au skipper d'Ikra, Jean Laurain, qui accepte. Le lendemain, les deux bateaux s'élancent devant la tour du Portalet, contournent la bouée du haut-fond de la Nioulargue et reviennent en finir devant la plage du Club 55, où une grande table les attend.
La carte marine étant trop chère, le parcours avait été tracé au crayon sur une carte routière. Ikra l'emporte largement, le vainqueur reçoit un compotier en argent issu de la vaisselle de la Marine nationale, et le correspondant de Var Matin, attiré par les rires, demande de quelle régate il s'agit. « Mais… la Club 55 Cup ! » Le lendemain, le journal titre qu'une nouvelle America's Cup est née.
Le grand bluff des maxis
L'année suivante, l'Américain réclame sa revanche et d'autres bateaux veulent en être, dont Bourru III, vieux cotre aurique et seul classique de cette deuxième édition. La remise des prix mêle médaille de la ville et récompenses improbables. C'est alors qu'un ami, Gouédard, tranche : sans maxis, ce n'est pas une régate.
Commence ce que Patrice de Colmont appellera le plus grand bluff de l'histoire du yachting. Un télex part vers l'Aga Khan, au nom d'un Yacht-Club de Saint-Tropez qui n'existe pas encore. Un jet prêté par Serge Krasnianski emmène une petite délégation en Sardaigne, où les skippers déclinent poliment l'invitation, non sans avoir reçu polos, vins, cigares et un petit-déjeuner surprise servi sur leur ponton. Quelques semaines plus tard, le maxi Mistress Quickly entre dans le golfe pour une réparation. L'accueil est délirant. Suivent Midnight Sun et le nouveau maxi de Christian de Galéa. Bientôt quatre maxis sont amarrés côte à côte, et la Nioulargue entre au calendrier officiel de la classe.
L'esprit ? S'amuser, rien d'autre. Après une saison de travail, le 1er octobre devenait jour de fête. Les catégories les plus fantaisistes apparaissent, les déguisements, les jeux d'eau à l'entrée du port, les concours de boules. Et, presque sans le vouloir, la Nioulargue donne un élan décisif à la restauration des yachts classiques : des passionnés comme Albert Obrist fouillent les archives pour rendre aux bateaux leurs gréements d'origine.
De la Nioulargue aux Voiles
En 1995, la collision entre la goélette Mariette et le 6 m JI Taos Brett cause un accident mortel et met fin à la Nioulargue. L'épreuve est suspendue le temps de la procédure judiciaire, mais les marins continuent de se retrouver chaque automne. En 1999, poussée par la ville, les équipages et les acteurs locaux, la Société Nautique de Saint-Tropez, alors présidée par Thierry Catino, fait naître Les Voiles de Saint-Tropez.
L'époque a changé, les règles aussi : les jeux d'eau sont interdits, beaucoup d'équipages dorment à l'hôtel. Mais la flotte n'a jamais été aussi belle, partagée à parts presque égales entre modernes et classiques. Éric Tabarly lui-même confiait n'avoir jamais imaginé voir un jour, en vrai, ce qu'il n'avait vu que dans les livres.
L'édition 2026, jour après jour
Les voiliers Modernes courent dès 11h devant le Portalet, les Maxis à partir de midi dans la baie de Pampelonne. Les bateaux de Tradition entrent en scène ce mardi, avec le Trophée Rolex en jeu jusqu'à samedi.
Mercredi, jour de repos pour les Maxis, sauf pour deux d'entre eux : la Club 55 Maxi Yachts Cup oppose Balthasar (Maxi 72), tenant du titre, au Wallycento Tilakkhana II. Jeudi, la Journée des défis fait revivre l'esprit fondateur : la Club 55 Cup met aux prises deux J Class, Rainbow et Hanuman, la Régate des centenaires court pour le Trophée du Gstaad Yacht Club, et un défi est dédié aux Wallynano37. Le soir, le défilé des équipages traverse le port.
À terre, le Village des Voiles, ouvert gratuitement au public sur le Môle Jean Réveille jusqu'au 4 octobre, propose stands, musique live chaque soir, rencontres matinales avec Loïck Peyron, sardinade de la SNSM, pétanque place des Lices. La semaine s'était ouverte lundi par la bénédiction des bateaux par le Père Jean-Paul Gouarin. Les prix des Maxis seront remis samedi soir, ceux des Modernes et des Tradition dimanche à 11h.
Samedi 3 octobre à 19h, le Lounge de la Capitainerie accueillera la Cérémonie de Remise des Prix du Trophée CIM 2026.
Le Comité International de la Méditerranée salue chaleureusement la Société Nautique de Saint-Tropez pour l'organisation de cette nouvelle édition, ainsi que les armateurs et les équipages qui, chaque automne, font de ce golfe la plus belle vitrine du yachting classique. Bon vent à tous — et que l'esprit du premier défi continue de souffler.
Les Voiles de Saint-Tropez: forty-five years after a simple challenge

From 26 September to 4 October, the Gulf of Saint-Tropez once again hosts the most festive of the great Mediterranean regattas. An event born in 1981 from a dockside dare between a Swan and a 12 Metre, and one that has never quite forgotten where it came from.
On Monday morning the Vieux Port held its breath. Dozens of onlookers lined the quays to watch three dark giants cast off: the J Class yachts Svea, Rainbow and Hanuman. The breeze kept everyone waiting, then settled in from the south-south-east at five to eight knots, just enough for a tight race. Hanuman, Giovanni Lombardi Stronati's J, was sailing her first ever race in the class and even snatched the lead briefly at the leeward gate. But Svea, quicker upwind, took the win, her first ever at Saint-Tropez. Rainbow, helmed by owner Peter Harrison with Ed Baird calling tactics, clawed back nearly a minute on the final run to edge Hanuman for second by a couple of boat lengths.
Three boats, a glorious stretch of water, a duel to the line: the 2026 edition began just as everything began here. With a challenge.
A Swan, a 12 Metre and a road map
In late September 1981, an American couple stopped in Saint-Tropez with their Swan 44 Pride after the Swan Cup in Porto Cervo. One day on the quay, someone asked the owner whether he thought he could beat Ikra, the 12 Metre that had just sailed into port. Patrice de Colmont, owner of the Club 55, ran to put the idea to Ikra's skipper Jean Laurain, who agreed. The next day the two boats started off the Portalet tower, rounded the buoy on the Nioulargue shoal and finished off the Club 55 beach, where a long table was waiting.
A nautical chart had seemed too expensive, so the course was pencilled onto a road map. Ikra won comfortably, the winner received a silver fruit bowl from the French Navy's tableware, and when the Var Matin correspondent asked what regatta this might be, the answer came: "The Club 55 Cup, of course!" The next morning the paper announced the birth of a new America's Cup.
The great maxi bluff
A year later the American wanted his revenge and other boats wanted in, among them Bourru III, an old gaff cutter and the only classic of that second edition. Then a friend named Gouédard delivered his verdict: without maxis, it wasn't a real regatta.
So began what Patrice de Colmont would call yachting's greatest bluff. A telex went to the Aga Khan on behalf of a Saint-Tropez Yacht Club that did not yet exist. A jet lent by Serge Krasnianski flew a small delegation to Sardinia, where the maxi skippers politely declined — though not before receiving polo shirts, wine, cigars and a surprise breakfast on their own pontoon. A few weeks later the maxi Mistress Quickly came into the gulf for repairs and was given a riotous welcome. Midnight Sun followed, then Christian de Galéa's new maxi. Soon four maxis lay side by side in the harbour, and the Nioulargue joined the class's official calendar.
The idea behind it all? Fun, nothing more. After a long summer season, 1 October was a holiday. Whimsical categories were invented, along with fancy dress, water games at the harbour mouth and boules tournaments. Almost by accident, the Nioulargue also gave a decisive push to classic yacht restoration, with enthusiasts such as Albert Obrist digging through archives to return boats to their original rigs.
From the Nioulargue to Les Voiles
In 1995 a collision between the schooner Mariette and the 6 Metre Taos Brett caused a fatal accident and brought the Nioulargue to an end. The event was suspended during the legal proceedings, but sailors kept gathering every autumn. In 1999, urged on by the town, the crews and local businesses, the Société Nautique de Saint-Tropez, then led by Thierry Catino, created Les Voiles de Saint-Tropez.
Times have changed and so have the rules: water games are banned, and many crews now sleep in hotels. But the fleet has never been more beautiful, split almost evenly between modern and classic yachts. Éric Tabarly himself once admitted he had never imagined seeing in real life what he had only ever seen in books.
The 2026 edition, day by day
Modern yachts race from 11am off the Portalet, Maxis from midday in the Bay of Pampelonne. The Tradition fleet joins the action this Tuesday, with the Rolex Trophy at stake through Saturday.
Wednesday is a lay day for the Maxis, except for two: the Club 55 Maxi Yachts Cup pits defending winner Balthasar(Maxi 72) against the Wallycento Tilakkhana II. Thursday's Challenge Day brings back the founding spirit: the Club 55 Cup matches two J Class yachts, Rainbow and Hanuman, the Centenarians' Regatta sails for the Gstaad Yacht Club Trophy, and a dedicated challenge is held for the Wallynano37s. In the evening, the crews parade around the harbour.
Ashore, the Village des Voiles on the Môle Jean Réveille is open free to the public until 4 October, with exhibitor stands, live music every evening, morning talks with Loïck Peyron, the SNSM sardine party and pétanque on the Place des Lices. The week opened on Monday with the blessing of the boats by Father Jean-Paul Gouarin. Maxi prizes will be awarded on Saturday evening, Modern and Tradition prizes on Sunday at 11am.
On Saturday 3 October at 7pm, the Lounge de la Capitainerie will host the CIM Trophy 2026 Prize-Giving Ceremony.
The Comité International de la Méditerranée warmly congratulates the Société Nautique de Saint-Tropez on another fine edition, and salutes the owners and crews who, every autumn, turn this gulf into the finest showcase of classic yachting. Fair winds to all — and may the spirit of that first challenge keep blowing.
All photos: Les Voiles de Saint-Tropez

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