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LE BOIS QUI SE SOUVIENT

Barcelone accueille une flotte de légendes vivantes pour la Puig Vela Clàssica


Demain, quand le Real Club Náutico de Barcelona ouvrira ses portes pour accueillir les premiers skippers, débutera l'un des rendez-vous les plus singuliers du calendrier nautique européen. Du 8 au 11 juillet, la XIXe édition de la Puig Vela Clàssica Barcelona réunira plus de 45 voiliers d'époque et classiques venus du monde entier — une régate qui, depuis dix-neuf ans, transforme ce littoral méditerranéen en un spectacle aussi sportif que patrimonial. Le Comité International de la Méditerranée (CIM) adresse ses salutations les plus chaleureuses au Real Club Náutico de Barcelona, hôte et organisateur de ce rassemblement remarquable, ainsi qu'à chaque skipper, armateur et membre d'équipage qui prendra la mer dans les jours à venir.


La météo leur sera favorable. Un ciel stable et le rythme classique d'un été barcelonais — brises légères le matin, se renforçant en brise thermique de 8 à 15 nœuds en début d'après-midi — devrait permettre de dérouler l'intégralité du programme des régates entre jeudi et samedi, avant que la remise des prix, samedi soir, ne vienne clore la semaine.


Mais les chiffres et les prévisions ne racontent que la moitié de l'histoire. Il suffit de regarder d'un peu plus près l'une de ces coques de bois pour découvrir ce qu'aucun chronomètre ne saurait mesurer : des décennies, parfois un siècle, de vies vécues sur le pont.

« Une Maison-Blanche flottante pour un jeune président en pleine guerre froide — bien avant que la politique ne la rende célèbre, cette coque avait déjà gagné une course. »

Prenons le Manitou, un sloop de 1937 construit par le chantier M.M. Davis & Son sur un plan de Sparkman & Stephens. Il avait déjà remporté la Chicago-Mackinac Race un an à peine après son lancement — un vrai palmarès de marin, acquis bien avant que l'Histoire ne le rattrape. Celle-ci viendra plus tard, lorsque John F. Kennedy en fera son refuge favori pendant les années les plus tendues de la guerre froide, lui valant le surnom, mi-affectueux, de « Maison-Blanche flottante ». Une drôle de célébrité pour un voilier : être retenu moins pour ce qu'il a gagné que pour celui qui, autrefois, tenait sa barre, en quête de quelques heures d'eau calme entre deux crises.


Tout aussi cinématographique est l'histoire de l'Eilean, un ketch écossais de 1936 dessiné par le légendaire William Fife III. En 1982, il connaît une autre forme de célébrité en apparaissant dans le clip de « Rio » de Duran Duran — immédiatement reconnaissable pour un public qui n'avait jamais mis les pieds sur un voilier classique et ne s'y attendait sans doute pas. Mais la gloire, comme le montre l'histoire de l'Eilean, ne protège de rien face au temps. Les années qui suivirent furent cruelles : le bateau finit abandonné à Antigua, se dégradant, privé d'un de ses mâts, oublié de tous sauf de l'air salé.

« Démâté et abandonné à Antigua, l'Eilean a attendu près d'un quart de siècle que quelqu'un se souvienne de ce qu'il avait été. »

Il faudra attendre 2006, quand l'ancien directeur général de Panerai finance sa restauration intégrale, pour que l'Eilean retrouve la mer — ce qu'il fera finalement en 2009. Aujourd'hui, il navigue à nouveau, devenu l'un des symboles les plus cités de la reconquête du patrimoine maritime européen. Son histoire est, en miniature, celle que la Puig Vela Clàssica existe pour raconter : qu'une coque de bois, aussi négligée soit-elle, peut être sauvée — et que cela compte.


C'est ce qui distingue la voile classique de presque tous les autres sports. Un voilier de course moderne est conçu pour être remplacé ; un Manitou ou un Eilean est conçu pour être transmis. Chaque skipper qui prendra la barre cette semaine ne se contente pas de régater : il perpétue quelque chose qui aurait pu se perdre, le même instinct qui a un jour reconstruit l'Eilean planche après planche.


De la plage de la Barceloneta au pont du Maremàgnum, les spectateurs ne manqueront pas de points de vue pour observer passer cette flotte de rescapées — voiles gonflées, coques étincelantes, porteuses d'histoires qu'aucun moteur moderne ne pourrait jamais rattraper. Le CIM souhaite bon vent et mer calme à tous les armateurs et équipages participants, et adresse ses plus vives félicitations au Real Club Náutico de Barcelona pour une nouvelle édition remarquable d'une régate qui, année après année, maintient à flot la mémoire maritime de la Méditerranée.




WOOD THAT REMEMBERS


Barcelona Welcomes a Fleet of Living Legends at the Puig Vela Clàssica


Tomorrow, when the Real Club Náutico de Barcelona opens its doors to welcome the first skippers, one of the most singular dates on the European nautical calendar will begin. From 8 to 11 July, the XIX edition of the Puig Vela Clàssica Barcelona will gather more than 45 vintage and classic yachts from around the world — a regatta that, for nineteen years, has turned this stretch of Mediterranean coastline into a spectacle as sporting as it is historic. The International Mediterranean Committee (CIM) extends its warmest greetings to the Real Club Náutico de Barcelona, host and organiser of this remarkable gathering, and to every skipper, owner, and crew member who will take to the water in the days ahead.


The forecast favours them. Stable skies and the classic rhythm of a Barcelona summer — light morning airs building into a thermal breeze of 8 to 15 knots by early afternoon — should allow the full racing programme to unfold without interruption between Thursday and Saturday, before Saturday evening's prize-giving closes the week.


But numbers and forecasts only tell half the story. Look closer at any one of these wooden hulls, and you find something the stopwatch cannot measure: decades, sometimes a century, of lives lived on deck.

“A floating White House for a young president waging the coldest of wars — long before politics made it famous, this hull had already won a race.”

Take the Manitou, a 1937 sloop built by the M.M. Davis & Son yard to a Sparkman & Stephens design. She had already won the Chicago-Mackinac Race within a year of her launch — a serious sailor's résumé, earned well before history caught up with her. That came later, when John F. Kennedy made her his favourite retreat during some of the tensest years of the Cold War, and she became known, half-affectionately, as the "floating White House." It is a strange kind of fame for a sailing boat: to be remembered less for what she won than for who once stood at her helm, seeking a few hours of quiet water between crises.


Just as cinematic is the story of the Eilean, a 1936 Scottish ketch designed by the legendary William Fife III. In 1982, she achieved a different kind of celebrity, appearing in Duran Duran's music video for "Rio" — instantly recognisable to an audience who had never set foot on a classic yacht and likely never expected to. But fame, as the Eilean's history shows, offers no protection from time. The years that followed were unkind: the boat ended up abandoned in Antigua, deteriorating, missing one of her masts, forgotten by all but the salt air.

“Left mastless and abandoned in Antigua, the Eilean waited nearly a quarter-century for someone to remember what she once was.”

It took until 2006, when the then CEO of Panerai financed a complete restoration, for the Eilean to return to the water — which she finally did in 2009. Today she sails again, one of the most frequently cited symbols of Europe's broader effort to recover its maritime heritage. Her story is, in miniature, the story the Puig Vela Clàssica exists to tell: that a wooden hull, however neglected, can be brought back — and that doing so matters.


This is what distinguishes classic sailing from almost any other sport. A modern racing yacht is built to be replaced; a Manitou or an Eilean is built to be inherited. Every skipper who takes the helm this week is not simply competing — they are keeping something alive that could otherwise have been lost, the same instinct that once rebuilt the Eilean plank by plank.


From the beaches of La Barceloneta to the bridge at Maremàgnum, spectators will have no shortage of vantage points from which to watch this fleet of survivors pass — sails full, hulls gleaming, carrying histories that no modern engine could ever outrun. The CIM wishes fair winds and following seas to every owner and crew taking part, and warmly congratulates the Real Club Náutico de Barcelona on another outstanding edition of a regatta that, year after year, keeps the Mediterranean's maritime memory afloat.

 
 
 

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